vendredi 27 octobre 2017

Guerre et Pavillon de la Paix



Guerre et Paix

La Wool War One 
au Pavillon de la Paix 
du Musée des Beaux Arts de Montréal



Bon. 


Ca fait longtemps. 






Une parenthèse un peu étrange et à haut potentiel chamboulant démarre aujourd'hui et durera jusque janvier. 

La Wool War One prend l'avion. 

Reprenons pour ceux qui n'auraient pas suivi. 

C'était il y a longtemps. Trois ans. Quand le très fantastique Musée de la Piscine à Roubaix nous demandait si on voulait tricoter la guerre. Ce à quoi on avait  poliment répondu non merci. Pas la guerre. 

Sauf qu'en fait on a dit oui. Parce que la guerre, ça a été chez nous. Là où on pose nos pieds tous les jours. Parce que la terre qui s'accroche à nos semelles quand on se promène, c'est la même que celle des tranchées de 14, que le sable de la plage de Dunkerque où on a fait des fortins quand on était petits, c'est le même que celui de l'opération Dynamo. Dans le Nord, on cumule. L'Histoire a dû croire qu'on aimait ça, les guerres, dans le Nord. Du coup, elle nous a gâtés.

On a beau faire les marioles, clamer haut et fort qu'on n'est pas trop guerre, on n'a pas eu trop le choix. A cause de toutes ces choses, au Délit, qu'on le veuille ou non, la guerre, on n'en est jamais si loin. 

Donc on a dit oui au Musée de la Piscine. 

On a tricoté la guerre. Une guerre en laine à mille mains anonymes du monde entier. On a le souci de la rigueur historique au Délit. Pour refaire la guerre mondiale, il fallait que ces mains anonymes viennent du monde entier. On a envoyé des paquetages de pelotes de laine partout sur la Terre, on a fait des réunions d'Etat Major sur des places, dans des bistrots, sur des parvis de gare, dans des châteaux. On s'est replongés à mille dans ces quatre années d'Histoire. Ca a duré des mois.



Ca a donné la Wool War One. Une armée démesurée de 781 minuscules soldats de laine. Une marche accablée et désespérée de personnages dérisoires, aveugles et muets. Un long déroulé où les bouts de laine de loin se confondent, où les individus disparaissent pour n'être plus qu'une marée indistincte de mottes couleur terre et cendres. Avec dedans les histoires minuscules et dérisoires de 781 soldats anonymes. 



Quand ça a été fini, on était contents. Epuisés mais contents. On était allés au bout du bout de ce qu'on voulait raconter. 

Ce qu'on n'avait pas prévu, c'est que la Wool War allait vivre sa vie en dépit de notre volonté, en dépit du point final qu'on avait mis. 

L'armée de laine de Roubaix est allée raconter l'Histoire à sa manière à Paris, sous les voûtes du Grand Palais, parce qu'il a un jour été hôpital de guerre, à Londres parce que Jack et Kipling, à Bolezeele parce que les Flandres ... 

Il faut croire que ce n'était pas encore assez. Il faut croire que raconter c'est important. Qu'on ne raconte jamais assez. 

Elle n'en a rien à faire du point final la Wool War One. 



Aujourd'hui, elle monte dans un camion l'armée de laine. Direction Roissy. Concrètement, ça veut dire que les 781 soldats alignés vont traverser les Flandres, les plaines du Pas-de-Calais, les champs de la Somme, passer tout prêt de Vimy, d'Arras, d'Amiens. Comme il y a 100 ans. A Roissy, ils monteront dans un avion cargo pour survoler l'océan mais en sens inverse. Le billet de retour le plus long pour les Canadiens, les Américains, les Terre Neuviens, les Brésiliens ... 



Ils vont aller raconter l'histoire minuscule et dérisoire des millions d'anonymes dans l'endroit où il fallait aller le raconter. 

S'il n'avait fallu en choisir qu'un, ça aurait forcément dû être là. 

On n'a rien choisi, c'est arrivé c'est tout, mais c'est dans le Pavillon de la Paix du Musée des Beaux Arts de Montréal que la Wool War One va se poser jusqu'en janvier. 

Le pavillon de la Paix. 



Ca pourrait être un magnifique point final à cette histoire. 
Chamboulant et magnifique. 

(mais on sait maintenant que ce n'est pas nous qui décidons de quand on pose le point final)




La Wool War One 
Pavillon pour la Paix
Musée des Beaux Arts de Montreal 
du 11 novembre 2017 au 7 janvier 2018
Vernissage le 10 novembre 
de 5h30 pm  à 7h30 pm 


Le Musée des Beaux Arts de Montréal est en train de concocter un programme enthousiasmant d'animations autour de l'exposition, avec plein de fils et de tricot.On vous en dira un peu plus dès que l'on saura ce qu'ils ont imaginé. 

En attendant, tricoteuses du Québec, sachez que le musée vous accueillera à bras ouverts le 10 pour le vernissage. Mieux même: il vous attend et compte sur vous! N'hésitez pas à diffuser. Ce n'est pas tous les jours que le jersey endroit est guest star d'un lieu magique